Le foetus, cet être sensible
15 juin 2009"On évite soigneusement d'évoquer le statut de l'embryon de peur d'avoir à rouvrir le dossier de l'avortement" remarque La Croix du 2 juin dans un petit dossier sur "le foetus, cet être sensible".
Et cependant les progrès scientifiques sont considérables là aussi et les ignorer, c'est priver les parents de liens très forts avec leur bébé et de grandes possibilités d'épanouissement pour l'enfant à venir. "Le bébé, bien avant sa naissance n'a jamais été autant ausculté, observé, échographié, pour traquer sa moindre malformation physique. Mais on se préoccupe moins de ce qu'il perçoit et ressent dans le giron de sa mère et à travers elle. Or, de nombreuses recherches ont montré ces dernières années qu'il est beaucoup plus "sensible" qu'on ne le croit" observe Christine Legrand, l'auteur de l'article.
Et elle cite Marie-France Busnel, éthologue et psycho-physiologiste, chercheur honoraire à l'INRA, spécialiste de l'acoustique foetale et de la relation mère-foetus qui explique que le foetus perçoit très bien les oderus et les goûts, qu'il entend tous les bruits forts et spécialement la voix de sa mère et celle de son père lorsqu'il est tout près et qu'il réagit lorsqu'on s'adresse à lui.1 Le foetus est très tôt sensible à la douleur, capable d'émotions et même, selon Christine Legrand, de nouer des relations avec son environnement.
"On les contrôle médicalement mais on ne les protège plus"
C'est pendant le dernier tiers de la grossesse qu'il serait le plus sensible et le plus vulnérable au stress. Protéger la mère du stress revient à protéger le foetus et son développement psychologique ultérieur car "le stress agirait sur certains facteurs de croissance neuronaux". Cela fait dire à Charles Cohen-Salmon, chercheur à l'Inserm que "la tendance actuelle qu'ont beaucoup de femmes à repousser leur congé de maternité après la naissance du bébé pour être "avec lui" est une erreur, car elles sont aussi avant sa naissance "avec lui" et elles devraient conserver dans ce dernier trimestre de leur grossesse une période de calme". Et le professeur Cohen-Salmon ajoute: "on a tendance, dans nos pratiques, à mettre une barrière entre avant et après la naissance. Or, on sait aujourdh'ui qu'il y a une continuité dans le développement de l'être humain (les prématurés nous aident à en prendre conscience) et qu'il faut s'en occuper avec la même humanité."
Louise Lambrichs, secrétaire générale de "La cause des bébés"2 ajoute, toujours dans La Croix, "on est confronté aujourd'hui à des contradictions profondes entre les savoirs scientifiques d'une part, les pratiques médicales, sociales et les combats idéologiques (l'égalité homme/femme par exemple) de l'autre".
On ne peut que méditer ce lien très spécial entre la mère et le foetus à l'heure où l'on banalise de plus en plus le phénomène des mère-porteuses pudiquement rebaptisé "gestation Pour Autrui".
1 voir article ci-dessous
2 La cause des bébés, 23 rue Gutenberg, 92120 Montrouge - tél 01 49 65 09 19
Une intuition confirmée par la clinique
Extraits d'un article de Catherine Dolto, médecin haptothérapeute - La Croix 2 juin
"On sait que l'enfant avant la naissance perçoit et participe beaucoup plus qu'on ne le croyait avant (...) Dès 3-4 mois, il cherche le contact avec ses parents, puis très vite il reconnaît leur voix et s'approche du côté d'où vient la voix de son père. Par ailleurs, les épigénéticiens ont montré l'influence de l'environnement sur les gênes et comment un foetus va utiliser un gêne plutôt qu'un autre en fonction de ce qu'il vit.
On sait aussi à quel point il est sensible à tout ce qui affecte sa mère: tout ce qui est bon pour elle est grosso modo bon pour l'enfant, parcequ'il en profite, mais aussi parcequ'il le perçoit. Par contre ce qui est mauvais pour la mère n'est pas nécessairement mauvais pour lui car elle peut le protéger en lui permettant d'être en lien avec quelqu'un d'autre.
L'idée de continuité entre la vie prénatale et postnatale se confirme, c'est-à-dire qu'il faut tenir compte, pour comprendre un enfant, de ce qui s'est passé pendant la grossesse , la naissance, l'accouchement et les premiers mois de sa vie. C'est une période où il est très réceptif, où il peut garder des traces de sécurité ou d'insécurité qui le marqueront plus tard. (...)
(...) C'est pourquoi le stress que l'on fait subir aujourd'hui aux mères et ce qu'on est en train de mettre en place dans les maternités au nom de la rentabilité, peut être délétère à court mais aussi à long terme. Alors que si l'on donnait une vraie attention aux parents et plus de disponibilité, avant et après la naissance de leur enfant, on pourrait mieux prévenir un certain nombre de pathologies, de souffrances psychoaffectives, avec ce qu'elles entraînent de difficultés d'adaptation et d'acquisitions intellectuelles".