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La réforme des retraites

10 novembre 2010

Bernadette Isaac-Sibille, députée honoraire du Rhône et présidente de l'association pour la Médaille de la Famille française avait convié en septembre dernier à l'UDAF l'économiste Jacques Bichot, pour une causerie sur un sujet qui n'a pas fini d'être d'une brûlante actualité : les retraites.
Jacques Bichot, professeur émérite d'université, membre honoraire du conseil économique et social, est expert en la matière et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

Il est aussi un inlassable militant familial (il fut notamment président du Mouvement Familles de France et de notre UDAF), qui n'a cessé de démontrer aux pouvoirs publics ce que la défense et la protection de la famille pourraient avoir de "payants" pour l'ensemble du système.
Jacques Bichot a ainsi rappelé à tous le "théorème de Sauvy".

Le théorème de Sauvy

Le grand sociologue avait démontré en son temps tout le bénéfice que peuvent apporter des enfants nombreux et correctement éduqués à l'avenir de la nation. Car on oublie souvent ce critère de qualité lorsqu'on parle de politique nataliste, alors que le coût engendré par les carences familiales est énorme (un enfant en centre éducatif fermé coûte 1.000 euros par jour, rappelait peu après Bernadette Isaac-Sibille). Ce sont donc les familles nombreuses et efficientes qui constituent la première richesse d'un pays.
Depuis l'aube de l'humanité, le devoir de soutien des parents par leurs enfants, indispensable au corps social, est valorisé aux plans civil et religieux. Dans les sociétés modernes, la solidarité intergénérationnelle est organisée à l'échelle de la nation. Le devoir de reconnaissance s'est élargi, de la famille à toute la génération aînée, comme se sont mutualisées les dépenses consacrées aux plus jeunes. Ce fameux principe de "répartition", auquel la grande majorité des Français se dit attachée, est cependant aujourd'hui dénaturé par la multiplication des régimes spéciaux (plus de 30), qui révèle un vieux corporatisme et fabrique de l'inégalité entre travailleurs (ou ex-travailleurs) des différents secteurs. Il ne faut pas s'y tromper, les cotisations d'un travailleur d'aujourd'hui ne lui seront pas reversées au moment de sa retraite. Elles sont au contraire dépensées sans délai pour les retraités du moment.

Investir dans le capital humain

A chaque époque, les montants versés aux retraités doivent donc être calculés sur les sommes mises à disposition par les actifs, qui traduisent la richesse de la nation. Or les premiers contributeurs de la richesse de la nation sont les familles. Comme disait le capitaine Simon Maire "les familles sont les créancières de la nation". Elles investissent en formant le « capital humain » qui crée l'économie de demain. Ce capital humain est, selon les économistes, au moins le double du capital financier ; il fournit à la fois les producteurs et les consommateurs.
A vouloir un système équitable, le premier critère à prendre en compte pour la constitution des droits à pension serait alors la contribution économique majeure, la contribution familiale. Or sa part est très faible dans le système actuel. Les droits familiaux apparaissent comme une sorte d'aumône, et n'atteignent pas 8% du total, concernant une génération pourtant féconde, avec un nombre de mères au foyer important. Ces droits comportent une compensation du "manque à gagner" des années non cotisées pour les mères (2 ans par enfant), une majoration de 10% pour qui a élevé 3 enfants ou plus (le tarif est le même pour 6 ou huit enfants) et une assurance vieillesse du parent resté au foyer, sous condition de ressources. Cette formule est injuste car elle se base tout entière sur les montants des salaires perçus pendant les années travaillées, pour rétribuer un apport économique à peu près invariable (la mise au monde et l'éducation d'un enfant).

L'exemple de l'Allemagne

L'Allemagne, qui a pourtant mauvaise réputation en matière de politique familiale, a choisi d'accorder pour chaque enfant élevé les points correspondants à 3 années de salaire moyen. Une mère de trois enfants se verra donc dotée de 9 années (ou 18 à mi-temps, ce qui correspond davantage à une réalité) et son "travail éducatif" ne sera pas rétribué selon son travail "externe".
Le système français, injuste, est de toute façon très peu avantageux pour les mères de famille. Tous régimes confondus, les mères de 4 enfants et plus perçoivent aujourd'hui une pension moyenne de 600 €/mois alors que les femmes sans enfant en perçoivent le double. Un couple sans enfant récupérera environ 3 fois ce qu'il a fourni pour la formation des jeunes générations, un couple ayant élevé 3 enfants, seulement 80% de "sa mise".Qu'on soit dans des catégories de salaire élevées ou basses ne change rien à cette donnée.
 

Des droits familiaux sans cesse contestés

Et pourtant, les droits familiaux, déjà si insuffisants, ne cessent d'être remis en cause. Des études approfondies sont régulièrement demandées sur leur coût au C.O.R . Dans la réforme actuelle, le passage de 65 à 67 ans pour la retraite à taux plein ne peut qu'être pénalisant pour les mères de famille, dont beaucoup n'auront pas les annuités nécessaires. Un amendement est prévu en leur faveur, qui a la piètre allure d'une "rustine" sur une chambre à air bien fatiguée.
A la question d'une personne présente dans la salle qui demandait pourquoi et comment un tel scandale n'était pas davantage dénoncé dans les médias, Jacques Bichot répondit avec humour que les journalistes qui font les médias sont souvent jeunes, célibataires et mal informés… puis, plus sérieusement, que la question des retraites est très complexe et très technique. Il évoque le titre paradoxal d'un ouvrage de la démographe Michèle Tribalat " Les yeux grands fermés", pour dénoncer la cécité de nos dirigeants sur la question.
Pour tous ceux qui voudraient ouvrir les yeux, nous conseillons la lecture du dernier ouvrage de Jacques Bichot Le dictionnaire de la réforme, aux éditions l'Harmattan.

 

 

(à découvrir sur son site www.bichot.net )

Texte de synthèse reproduit avec l'aimable autorisation de Jacques Bichot

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