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La "guerre des sexes": le"Genre" à l'école

15 juin 2011

D’abord à Sciences-Po depuis l’an dernier, maintenant grâce au programme de Sciences de la Vie et de la Terre dans toutes les classes de première, les jeunes générations vont découvrir que chacun a le choix de « devenir homme ou femme » à sa guise, selon la formule du Bulletin Officiel spécial de l’Education Nationale (1), sans s’en laisser compter par la pesanteur du contexte culturel et sociétal. Enfin libres !

C’est ainsi que l’idéologie du Genre a fini par gagner du terrain jusqu’à s’imposer dans les programmes les plus officiels, grâce à de coquettes sommes allouées par le contribuable (2).


Plus de différences sexuelles


Jusqu'aux années 1950, le mot genre était un terme grammatical précisant si un mot était masculin, féminin ou neutre. Puis le mot « gender » a été employé pour la première fois aux Etats-Unis dans le sens de la conscience de soi-même comme homme ou femme, indépendamment de son sexe biologique. « There is no differentiation between the sexes at birth. Psychosexual personality is therefore postnatal and learned" affirmait Kate Millett (3).

En 1970, Shulamith Firestone, féministe radicale canadienne, écrit dans La Dialectique du Sexe que le but final de la révolution féministe doit être non seulement l'élimination du privilège masculin, mais de la distinction du sexe lui-même : il ne serait plus question des différences sexuelles entre les êtres humains. Elle voit Le cœur de l'oppression des femmes dans leur rôle de "procréer et d'élever des enfants». C’est pourquoi elle, et tout le mouvement féministe autour d’elle, revendiquent l'avortement à la demande, la contraception, l'absolue liberté sexuelle, le travail des femmes et la prise en charge des enfants le jour par le gouvernement comme conditions nécessaires pour la libération des femmes.
Vers les années 1990, l’ONU prend le relais de ces théories: l'INSTRAW (4) publie une brochure intitulée Gender concepts qui définit le gender comme : « Un système de rôles et de relations entre hommes et femmes qui sont déterminés non par la biologie, mais par le contexte politique économique et social. Le thème central » : "Le sexe biologique est une donnée naturelle, le « gender »(le sexe social) est construit »(5).


Ces idées font leur chemin en France, sous la houlette d’Elisabeth Badinter qui propose «l’égalité par la ressemblance, l’absence d’attribution des tâches selon les sexes ». « Dès lors qu’on partage les tâches, une hiérarchie s’instaure et l’inégalité se profile » affirme-t-elle dans La Croix du 2 septembre 1995.


A la conférence de Pékin de la même année, certains avaient même tenté, sans succès pour lors, de remplacer le terme «family» «qui impose des rôles et des traditions» par «household» (maisonnée), la mère de famille devenait «housecare» (gestionnaire de la maison). Ils voulaient utiliser, à la place des mots jugés «sexistes», tels qu’époux-épouse, père-mère, des termes «sexuellement neutres», tels que parent et époux. (cf. Action Familiale et Scolaire n°121)


La nature prétend imposer le sexe!

Pour l’idéologie du genre, l’identité sexuelle n’est pas de l’ordre de la nature mais de l’ordre de la culture : c’est une construction sociale. Dans un glissement sémantique révélateur, le mot identité s’efface pour être remplacé par celui d’orientation.

Pour être libre, l’homme doit s’affranchir de ce qu’il n’a pas choisi lui-même : la nature prétend lui imposer son sexe ! Il s’en affranchira et choisira à sa guise d’être homme ou femme.


Mais à vouloir ainsi se définir et donc en fait se créer soi-même, en refusant toute origine qui le dépasse sous prétexte qu’il n’a pas eu son mot à dire, l’homme se retrouve seul en face de lui-même. A lui-même son origine et sa fin, il nage en plein narcissisme et se retrouve finalement bien seul. C'est la civilisation de l'ego, si magistralement décrite par Dany-Robert Dufour (6).

La conséquence de ce déni de la différenciation naturelle homme/femme est la recherche en tout, non pas de l’égalité, mais de la parité. Contrairement à ce que l’on a commencé par nous faire croire, le féminisme façon gender ne recherche pas tant que les femmes soient traitées aussi bien que les hommes mais qu’il n’y ait plus aucune différence entre l’homme et la femme.


La maternité, qui distingue la femme de l’homme est particulièrement prise comme cible : il faut la présenter comme un handicap, une injustice dont il faut la libérer. D’où les campagnes en faveur de la contraception et de l’avortement, voire, la gestation pour autrui.

S’il faut faire en sorte que les femmes aient moins d’enfants, il convient au contraire que les hommes puissent en élever, à défaut d’en mettre au monde. Et l’on prônera l’adoption par les homosexuels.

Les femmes d’ailleurs devront pouvoir avoir des enfants sans les hommes (ou presque) grâce à l’insémination artificielle et à l’adoption par des lesbiennes.


Pour réaliser tout cela il fallait d’abord marginaliser –avant de le supprimer- le mariage ; ce qui fut fait avec la banalisation du divorce et du concubinage, du PACS et des unions revendiquées d’homosexuels…
Dale O’Leary, tout au long de ses nombreux essais sur le féminisme démontre que ce dernier ne tend pas tant à « libérer » la femme qu’à la « séparer de l’homme et à empêcher l’identification de ses intérêts avec ceux de sa famille » (7).
La complémentarité fait place à la rivalité du chacun pour soi et même de l’un contre l’autre. Selon la formule du psychanalyste Tony Anatrella, la lutte des classes est devenue la « guerre des sexes ». ». Là où la différence faisait justement que l’un avait besoin de l’autre dans une complémentarité créatrice et sécurisante, on laisse chacun se retrouver seul aux prises avec son miroir. La relation a fait place au narcissisme et chacun sait ce qui arriva à Narcisse…


Des cours obligatoires sur le genre


Cette idéologie du genre pénètre la société et prétend la reconstruire (ou déconstruire) à sa façon de plusieurs manières :
• grâce à des lois qui semblent de circonstance : pour voler au secours de quelques cas particuliers on invente une règle qui s’impose à tous sous prétexte de tolérance et de non-discrimination.
• Derrière le paravent de la générosité, nos sociétés « libérales avancées » et égotistes, conditionnent leurs programmes d’aide au tiers-monde à la reconnaissance par ces Etats des relations matrimoniales entre personnes du même sexe et bien sûr à leur engagement pour une politique antifamiliale et antinataliste (8).


• Dernière étape en date : selon les termes mêmes de la loi de Finances le « Gender Budgeting »(sic)- lisez : les budgets alloués au Gender- ont pour but «le changement durable des mentalités »(9).La création cette année 2010 d’une Chaire sur le genre à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris vient donner un vernis de légitimité et d’universalité à ce qui pouvait être encore controversé.
• Maintenant, la parution des nouveaux manuels scolaires répondant aux directives du Ministère enfonce le clou : si la majorité des jeunes s’identifie encore à un modèle hétérosexuel, ce serait seulement parce qu’ils vivent « dans un groupe social [où] il existe une très forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie ». (Bordas) L’école va remédier à cela. Dans les autres manuels, c’est à qui s’enorgueillira de promouvoir telle ou telle peuplade obscure peuplée justement de gens « ni homme ni femme » (Belin et Bordas) ou recommandera de résister au « schéma identitaire auquel il [l’individu] doit se conformer pour être accepté et reconnu par le groupe social ». (Nathan) (10).
Les conséquences en sont déjà, et seront plus encore, lourdes. A l’interdépendance entre l’homme et la femme qui, du fait de leur complémentarité naturelle permet une relation, on voit se substituer une opposition, une rivalité. Là où il y avait union, on ne verra plus que division. L’altérité remplacée par la similitude laissera l’homme désespérément seul dans une quête narcissique sans cesse inassouvie et qui ne le mènera qu’à la déconstruction de son être et de toute la société avec lui. C’est ce que démontre Juta Burggraf, docteur en psychopédagogie et en théologie : «Cette dissociation étrange entre sexe et genre, entre nature et culture, ruine la dimension personnelle de l’être humain et réduit celui-ci à une simple individualité. L’idéologie du genre entraîne donc une mise en question radicale de la famille et de toute sa signification sociale au service de la société »(11).


Le triomphe de « Big Brother »


Observons bien le glissement progressif vers lequel nous avons été entraînés :
• Acte I : Les droits de l’homme, c’est le droit à la différence. Chacun doit être respecté dans sa différence et dès lors, tout est permis et tout est « bien » puisque c’est l’expression du bien-être de chacun.
• Acte II : « La seule différence que j’accepte est celle que je décide librement ». Il fut un temps où l’on disait : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté », bientôt on dira :« n’a pas le droit d’être différent seulement celui qui ne me ressemble pas »
• Acte III : “Entouré d’autres moi-même, à moins de me parler à moi-même, je ne sais à qui parler. »
• Acte IV : Lorsque les hommes et les femmes, ou ce qu’il en restera, ne seront plus que des zombis juxtaposés les uns aux autres qui ne se parlent même plus, il faudra bien que Big Brother s’en occupe.
Et la boucle sera bouclée : au nom de la revendication d’une liberté totale et mal comprise, l’homme s’enfermera dans un monde concentrationnaire à la merci d’un nouveau totalitarisme. A vouloir décider de sa propre origine, il précipitera sa fin.
Que faire ? Soyons des hommes et des femmes heureux de l’être, conscients que nos différences et nos complémentarités nous permettent de nous appuyer les uns sur les autres, d’entrer en relation les uns avec les autres. Dany Robert Dufour voit deux différenciations taboues dont la transgression entraîne de graves désordres pour la société: la différence sexuelle et la différence générationnelle. Que chacun soit pleinement à sa place, homme, femme, jeune, moins jeune. Chacun a un rôle essentiel mais celui des uns n’est pas celui des autres.
 

 Claire de Gatellier

 

(1)  B.O. spécial du3 au 29 septembre 2010 – Thème 3 -A
(2)Cf article d’Adelaïde Pouchol, in Homme Nouveau du 21 mai 2011. et tout le dossier consacré au "Genre " dans les n°s du 21 mai et du 18 juin.
(3)Kate Millett, Sexual Politics. 1971, reprenant les thèses du Dr John Money de l’université de Baltimore.
(4) Institut international de recherche et de formation des Nations Unies pour la promotion de la femme.
(5)Concepts de genre dans le développement et la planification: Une approche de base (INSTRAW, 1995), p. 11.

(6)Dany-Robert Dufour Le Divin marché, éd. Denoël 2007
 

(7) Cité dans Lexique des termes ambigus et controversés – Conseil pontifical pour la famille – éd Téqui. Dale O’Leary, spécialiste des mouvements féministes et du « Gender » a notamment participé à la conférence sur la population du Caire en 1994.
(8) cf.Tony Anatrella, Zénith, 30 août 2010
 

(9)Document de Politique Transversale. Projet de loi de finances pour la politique de l’égalité entre les hommes et les femmes. p11 http://www.performancepublique.gouv.fr/fileadmin/medias/documents/ressources/plf2011/dpt/dpt2011_politique_egalite_hommes_femmes.pdf
(1o).Cf les analyses des livres scolaires 2011 faites par Tugdual Derville et par Pierre-Olivier Arduin http://www.france-catholique.fr/Gender-a-l-Ecole.html

(11)In Lexique des termes ambigus et controversés sur la famille, la vie et les questions éthiques. Conseil pontifical pour la famille. Ed. Téqui
 

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