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"France, qu'as-tu fait de ton école?"

24 juin 2010

France, qu’as-tu fait de ton école ? titre Marianne (1) qui consacre un dossier de 40 pages à ce sujet, un des dossiers prioritaires dans l’esprit des français, et plus encore dans nos associations familiales.
Cet hebdomadaire abandonne cette fois l’ensemble des préjugés que cristallise ce sujet vital pour l’avenir de notre société. Au fil des études

de fond aussi bien qu’à travers des états des lieux d’établissements aussi variés que des collège de ZEP, des lycées très sélectifs ou des collèges professionnels, ce dossier passe en revue les différents tabous ou sujets disputés et qui fâchent .

Au premier rang de ceux-ci, le trop fameux collège unique, créé sous Giscard en 1975, devait soi-disant assurer « l’égalité des chances ». Au bout de 35 ans, on constate que l’effet est exactement inverse : Un enfant des classes populaires a infiniment moins de chances aujourd’hui qu’au milieu du siècle dernier d’accéder aux grandes écoles ou d’achever des études supérieures écrit Bernard Guetta soulignant son corollaire : la fuite toujours plus grande de parents du public vers le privé et la prospérité des officines de soutien scolaire. Mélange de volontarisme et de lâcheté, -c’est toujours Bernard Guetta qui parle- d’hypocrisie et de générosité, on a fait comme si tous les enfants étaient égaux parce qu’ils devraient l’être.[…] un « collège unique » qui ne corrige pas l’inégalité, mais l’accentue et fait baisser, et non pas monter, le niveau général.

 

Le pédagogisme aussi est vivement pris à parti dans presque tous les articles : Le pédagogisme –la promotion des méthodes constructivistes qui font de l’élève le promoteur de son propre savoir- a causé des dégâts considérables affirme Claire Mazeron, agrégée de géographie et vice-présidente du Snalc . Bernard Guetta résume ainsi ces méthodes : Il ne fallait plus élever les enfants mais les « épanouir », plus leur apprendre mais leur « apprendre à apprendre », plus s’en faire écouter mais s’en faire aimer. Il fallait « s’adapter » à eux, et ne surtout pas les adapter à une quelconque exigence sociale, fut-elle celle de la connaissance ou celle du savoir vivre ensemble.

L’école obligatoire jusqu’à 16 ans, décision (…) du général de Gaulle soutenue par les instituteurs communistes est aussi dénoncée par nos auteurs comme de l’acharnement pédagogique et mère de tous les problèmes. Cette décision a fait le malheur des collèges professionnels qui sont devenus pour beaucoup les dépotoirs où l’on « oriente » ceux dont on ne sait que faire, dévalorisant ainsi le travail manuel alors qu’il y aurait un véritable avenir dans ces filières. Néanmoins, après tout le mal qu’en disent nos journalistes de Marianne, ils n’osent la remettre en cause totalement et prévoient surtout de l’aménager…
Le retour de la sélection et des sanctions est aussi prôné dans ces lignes. L’une, parce que ce n’est pas une torture que d’apprendre à des enfants, mêmes petits, qu’il y a des obstacles à franchir. Pour B. Guetta, il serait normal et nécessaire que l’accès au lycée professionnel devienne aussi sélectif que l’entrée au lycée d’enseignement général et que les lycées professionnels aient leurs Henri IV et leurs Louis le Grand. La revalorisation des filières professionnelles est à ce prix. Pour ce qui est des sanctions : Il faut une discipline à l’école qui passe par des règles dont le refus ne peut être toléré.

 

Mention est faite des grandes écoles, exception française généralement âprement discutée. Tout en déplorant qu’elles servent essentiellement à la reproduction sociale et en dénonçant ces grandes écoles qui sont devenues celles de l’injustice, Marianne nuance son jugement avec prudence et sagesse : Les grandes écoles sont de très bonnes écoles et, avant de penser à les supprimer, c’est l’université qu’il faut revaloriser. Quant ce sera fait il sera temps de voir.(A. Topaloff et A. Alter) La question que Marianne ne pose cependant pas jusqu’au bout c’est de se demander de quel côté est « l’injustice » : dans les grandes écoles qui permettent aux élèves qui le veulent de travailler très dur (au moins pour y entrer) avec le plus souvent, il est vrai, l’aide parfois au prix de lourds sacrifices, de leurs parents. Ou bien du côté de l’école démocratique et républicaine qui n’assume pas sa fonction qui est précisément de permettre à tous d’accéder au savoir et ensuite, grâce à cela, au marché du travail.
 

Timide rappel des bienfaits de l’uniforme qu’il est peut-être trop tard pour rétablir mais dont les vertus d’ordre et d’égalité sont évoquées avec une certaine nostalgie…et non sans bon sens.
Mais Marianne cède quand même aux slogans à la mode en unissant sa voie à celles qui réclament un allègement des rythmes scolaires sous le prétexte de la fatigue des enfants. Peut-être ont-ils raison et l’on pourrait développer de nombreux arguments pour ou contre mais nous nous permettrons ici seulement deux remarques : des temps scolaires hebdomadaires plus courts, cela signifie –en l’absence d’établissements sportifs et de loisirs coûteux en infrastructures et en personnel- des enfants d’avantage livrés à eux-mêmes surtout dans les familles dites défavorisées.
Deuxième remarque : on explique la fatigue de l’enfant et son incapacité à se concentrer par des rythmes scolaires trop lourds mais a-t-on pensé aux longues heures de jour et de nuit, passées par ces mêmes jeunes devant la télévision, les consoles de jeux, ou internet ? La plupart des spécialistes, médecins, psychologues, professeurs, pédopsychiatres, magistrats s’accordent à y voir l’origine majeure des troubles scolaires ou de personnalité des jeunes. En l’absence de véritable autorité parentale ou autre, plus de temps libre signifiera pour beaucoup plus de temps devant tous ces engins. Et là encore se creusera l’inégalité entre les uns et les autres…
De cela Marianne ne parle pas, et c’est étonnant parce que le journal consacre pourtant quelques lignes fort justes sur le leurre des nouvelles technologies comme recette miracle en dénonçant l’optimisme un peu léger du rapport parlementaire sur les nouvelles technologies à l’école du député Jean-Michel Fourgous. Les auteurs de l’article sont sévères : Adieu le transmetteur de savoir, bonjour le dépanneur informatique ! Le nouveau job du prof consistera à vérifier le fonctionnement du logiciel « programme de biologie de 3ème » ! Pour obtenir le Capes, le futur enseignant de lettres devra faire valoir ses compétences en infographie avant sa connaissance de Voltaire…

Pour conclure, nous dirons que ce dossier, très bien fait et lucide, a mis en lumière le carcan qui pèse sur l’éducation nationale à partir de quelques dogmes comme le collège unique, le pédagogisme, l’absence de sélection et de sanctions , mais il a mis en valeur aussi le grand dévouement, souvent emprunt de lassitude des professeurs qui croient à leur métier et qui aiment leurs élèves. Ce qui ressort de ce dossier, c’est qu’il n’y a qu’une solution suggérée en filigranne ici et là par les professeurs interrogés, (« Moi, le programme, je m’en fiche », lâche carrément Mélanie, professeur de français dans une ZEP), c’est qu’on leur donne plus de liberté.
 

 

Marianne évoque timidement ce qu’il appelle les pédagogies alternatives, et cite les écoles Freinet, Montessori, Steiner, Lycées du Temps choisi ou des Petits-Champs en soulignant leur succès. Mais comment ne pas mentionner aussi l’essor considérable des écoles totalement libres qui se créent partout en France à l’initiative de familles et de professeurs de toutes conditions sociales, au prix souvent de lourds sacrifices. Ces écoles, plus libres de leurs mouvement que la grosse structure étatique sont souvent plus réactives et dynamiques, même si elles sont aussi plus fragiles, pour faire leur profit des recherches avancées notamment des neurosciences qui renseignent beaucoup sur le fonctionnement du cerveau, et donc sur le déroulement des apprentissages. Ces écoles sont assez souples pour mettre en place des pédagogies adaptées aux types d’élèves qui leur sont confiés et qui ont déjà fait leurs preuves, méthodes de Mme Wettstein-Badour (récemment disparue), Elizabeth Nuyts , cours Ste Anne,…
Nous complèterons donc volontiers le dossier de Marianne en signalant l’œuvre d’Anne Coffinier . Normalienne et énarque, pur produit donc de l’éducation nationale, Madame Coffinier constate néanmoins que la France est en retard par rapport à ses voisins du monde occidental qui laissent une grande autonomie et une liberté d’enseignement alors que notre système éducatif reste engoncé dans des schémas idéologiques dont les conséquences peuvent être négatives tant pour l’élève que pour le professeur. Elle consacre dès lors une grande partie de son temps avec une équipe jeune et dynamique à développer les structures permettant de promouvoir un enseignement vraiment libre. Après avoir fondé l’association Créer son école dans le but d’aider ceux qui souhaitent mettre sur pied un établissement d’enseignement libre, elle crée la Fondation pour l’école afin d’aider les établissements scolaires qui ne reçoivent aucune aide publique. Cette Fondation est reconnue d’utilité publique par un décret du Premier ministre en date du 18 mars 2008.
 

Claire de Gatellier

Pour en savoir plus sur la Fondation pour l'école, cliquer sur les liens suivants: www.fondationpourlecole.org,                                        www.creer-son-ecole.com,                               www.canalacademie.com/ida5569-La-Fondation-pour-l-ecole-en.html

sur Mme Elizabeth Nuyts et les méthodes d'apprentissage ou les problèmes de dyslexie: : http://spesmethodologie.fr/

 

(1) Marianne 15-20 mai 2010

(2) 25% des élèves entrant en sixième ne lisent et n'écrivent qu'avec difficulté. Près de 40% des étudiants terminent leur première année de fac sur un échec. (opus cité p.93)

(3) Syndicat national des lycées et collèges.

(4) Lire aussi à ce sujet l'article écrit sur ce site ce même jour à partir d'un dossier de la Nef sur les mauvais usages d'internet, notamment le paragraphe sur l'école: "Alors qu'ils auraient besoin, plus que jamais, de la médiation de maîtres capables de former leur jugement, l'usage d'internet abolit toute méidation. Chacun se retrouve seul devant son ordinateur, juge suprême de ce qu'il va lire."

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