EDUCATION: Pour ou contre la transmission
23 octobre 2011L’Education Nationale, un échec ? Non, dit résolument Xavier Bellamy, Mais plutôt une réussite totale, un succès absolu, un accomplissement parfait…d’un programme parfaitement annoncé par… Descartes, Rousseau et Bourdieu.
Parti sur ce ton un peu provocateur, le conférencier de la leçon inaugurale de l’Institut Libre de Formation des Maîtres,
Xavier Bellamy, professeur de philosophie et maire-adjoint de Versailles, commenta magnifiquement l’un après l’autre les écrits de ces pères de l’éducation moderne.
Notre jeune normalien avoue avoir compris ce fil conducteur lorsqu’à une formation en IUFM , il a entendu l’inspecteur répéter sept fois en une heure : « Vous n’avez rien à transmettre ».
Refuser toute connaissance reçue
Ainsi, Descartes enseigne-t-il dans le Discours de la Méthode qu’il faut commencer par refuser toute connaissance reçue car tout ce que l’on n’a pas découvert et construit soi-même est « douteux et incertain ». Le livre est l’ennemi n°1 : « J’avais parcouru tous les livres et je n’avais pas fait un pas de plus… ». Le grand malheur de l’homme est d’être né enfant, c’est-à-dire dépendant des autres et malléable, soumis à la transmission. L’éducation consiste à se libérer de tout ce qu’on a reçu : « Ne chercher plus d’autre science que celle qui se pourrait trouver en moi-même » ou encore « Ne rien croire trop fermement de ce que nous avons reçu par l’exemple ou par la coutume de ceux qui nous ont précédés. » C’est la naissance du doute et du relativisme.
La volonté de l’enfant, seul moteur
Pour Rousseau, on est au même diapason avec la lecture de l’Emile. La nature est infiniment préférable à la culture et « l’éducation est déjà une altération puisque c’est une culture » interprète X. Bellamy. Il voit dans le film Avatar une parfaite réalisation de L’Emile dans son opposition entre l’homme à l’état social stupide, malheureux et très savant et l’autre, l’homme à l’état nature, heureux et ignorant (avec sa natte « branchée » sur la nature).
Ses théories sur l’éducation sont largement transposées aujourd’hui : l’éducateur doit d’abord retirer l’enfant à ses parents, puis il ne doit rien lui enseigner mais l’accompagner. « L’élève doit dire : je ne sais pas. le maître : je ne sais pas, cherchons ». L’autorité ne signifie plus « conduire plus haut » mais « être aimé de l’enfant ». La volonté de l’enfant, qui ne doit rien faire malgré lui est « le seul moteur de l’apprentissage ».
L’école discriminante
Bourdieu, « plus marxiste que Marx » s’insurge contre le capital culturel qui se transmet, à l’instar du capital économique. Pour lui, le système scolaire reproduit les classes dominantes au lieu de les supprimer : aux antipodes de l’égalitarisme, c’est un lieu de sélection impitoyable. Mettre des notes, c’est sélectionner et il va jusqu’à parler d’un « tribunal scolaire ». L’élève qui s’applique « et qui marche dans les pas de ses maîtres » ne prend pas assez de distance avec ce qu’on lui impose. Il est jugé sévèrement par l’école Bourdivine, comme « trop scolaire ».
Bref, décryptée par ce brillant professeur, l’éducation est une faiblesse pour Descartes, une faute pour Rousseau, un crime pour Bourdieu.
Pour refonder l’école, fonder l’acte de la transmission
Pour Xavier Bellamy, ce n’est « qu’en nous recevant de l’autre que nous devenons nous-mêmes ». Ne rien devoir à personne, comme il est de règle aujourd’hui, c’est se couper de ses racines et donc s’asphyxier.
La culture n’est pas à opposer à la nature, elle vient la couronner, l’ordonner. Elle permet d’échapper à l’immédiateté, à l’impulsivité du règne animal.
Cette culture qui n’est que confusion pour Descartes, altération pour Rousseau et aliénation pour Bourdieu, est en fait toujours selon Bellamy un instrument de médiation. C’est ce qui permet à l’homme d’être un être de relation et non un individu solitaire. Elle nous ouvre à la différence qui, contrairement à l’égalitarisme, permet la relation et l’échange.
La reconnaissance est le préalable à la transmission : ne peut transmettre que celui qui reconnait avoir reçu. Quelqu’un qui prétend n’avoir rien reçu de personne et ne devoir rien qu’à lui-même ne saura, ne pourra ni ne voudra rien transmettre à son tour. C’est tout le drame de la pédagogie moderne qui met l’élève devant un monde indifférencié et qui l’empêche de faire des choix, donc de grandir.
Seule la reconnaissance légitime l’autorité. Ce que j’enseigne, je ne l’ai pas trouvé tout seul ; je le dois à d’autres avant moi qui en ont vérifié la pertinence. Et seule l’autorité peut guider vers la liberté.
Voici en quelques lignes le résumé d’une conférence encore bien plus passionnante et dont on peut commander le DVD sur le site de la Fondation pour l’école (à la page « publications »).
Voilà ce qui incitera les parents à choisir de bonnes écoles où l’on ne craint pas de transmettre ce que l’on a reçu avec l’autorité que donne la conscience de n’être qu’un maillon d’une chaîne.
C.G.
Leçon inaugurale de l’Institut Libre de Formation des Maîtres, par Xavier Bellamy. 18 septembre 2011
http://www.fondationpourlecole.org/fr/news/linstitut-libre-de-formation-des-ma-tres.html
http://www.ilfm-formation.com/