La théorie du genre, quel risque pour la famille ?
16 décembre 2011Résumé de la conférence de M. Claude Berruer, (secrétaire général adjoint à l'Enseignement Catholique) à l’A.G. de la Médaille de la Famille du Cher
1/ Des repères historiques
Le débat a surgi en France l’an dernier au moment de la parution des manuels scolaires de SVT pour les classes de 1ère, mais la « théorie du genre » a des racines beaucoup plus anciennes.
Dans les années 30 aux U.S.A. , l’anthropologue Margareth Mead affirme, en s’appuyant sur des études sociologiques, que les fonctions féminines et masculines viennent de la culture et non de la nature. En France, l’existentialisme (Simone de Beauvoir : le deuxième sexe -1949) va dans le même sens.
Dans les années 60/70, les Américains poursuivent leurs études autour du féminisme dans les groupes de « women studies » qui seront remplacées dans les années 80 par les « gender studies » qui récusent la distinction tranchée homme/femme pour privilégier un continuum entre les genres qui autoriseraient une variation infinie de l’orientation sexuelle. Judith Butler défend cette théorie dans son ouvrage « Trouble dans le genre » et va promouvoir l’indéfinition du sexe.
Au fil du temps la théorie évolue et les échos qui reviennent en Europe sont souvent décalés et simplistes par rapport à l’origine : les traductions plus ou moins fidèles ne facilitent pas non plus la compréhension.
2/ Questions anthropologiques : quelle vision de la personne humaine ?
Nature et culture : on distingue habituellement le sexe génétique ou somatique qui détermine l’anatomie du sexe psychologique qui est la conscience concrète, qui apparaît vers 2 ou 3 ans, d’appartenir à l’un ou l’autre des deux sexes. Le sexe social enfin est celui qui est déclaré à la naissance et qui exprime la perception que les autres ont de la personne dans un contexte historique et culturel.
Il ne s’agit pas de nier la part culturelle dans cette perception de la personne mais de donner sa place à la réflexion sur nature/et culture et de trouver un juste équilibre que la liberté rend possible. Il faut noter ici que le mot nature ne renvoie pas à une liberté sexuelle débridée mais au sens métaphysique qui désigne l’essence même de notre humanité.
La personne humaine unifiée : il existe donc une unité entre toutes les dimensions corporelles, psychiques, spirituelles de la personne humaine et c’est là le cœur de l’anthropologie chrétienne face au dualisme grec. (Cfr. Le prologue de St Jean). Les récits de la Génèse et les lettres de St Paul confirment bien cette différence sexuée dont l’aboutissement est la rencontre et la communion dans le couple : « une seule chair ». Cette tradition fait de la différence sexuelle une différence structurelle de notre humanité.
A l’opposé, la théorie du genre repose sur une mise à distance du corps. Avec le développement du virtuel, le primat est donné à la technique et on s’achemine lentement vers une déréalisation du monde qui ne peut qu’entraîner des refus névrotiques du réel.
3/ Quelle vision du couple et de la famille ?
Il faut noter que les théoriciens du genre sont pour la plupart des féministes qui militent naturellement pour légalité des sexes. L’émancipation de la femme tant réclamée les conduit à récuser la maternité. Ils ne sont pas seuls dans ce combat et les Eglises ont souvent milité aussi pour la libération de la femme. Cependant nous savons bien que l’égalité homme/femme n’est pas totalement acquise (salaire, responsabilités ….) Les Associations Familiales ont donc encore du travail en ce sens sans oublier cependant que la recherche d’une légitime parité ne signifie pas la négation des différences.
Les théoriciens du genre récusent le bien fondé des lois, jugées oppressives or le sujet humain ne peut se construire que dans un cadre institué. Seul le mariage hétérosexuel institue la fécondité car seul le couple hétérosexuel peut donner la vie. Le droit est conçu pour instituer ce qui permet à l’humanité commune d’exister. Il faut instituer la filiation pour permettre à chacun de se situer dans la chaîne générationnelle.
Il n’est pas question, bien entendu, de juger ceux qui choisissent de vivre selon d’autres modes de vie mais de redire que la filiation procède d’un homme et d’une femme.
L’une des conséquences des théories du genre peut conduire à la reconnaissance de tous les choix personnels. On glisse de la « parenté » à la « parentalité » qui va induire l’homoparentalité et dissocier la responsabilité procréative et la responsabilité éducative.
Pour l’enfant, les nécessaires repères identificatoires disparaissent et la relation à la filiation avec. L’homoparentalité revient à mettre en cause un droit fondamental de l’enfant à connaître ses parents et à être élevé par eux. Le système de parenté est une institution vitale pour la construction identitaire.
Aujourd’hui la famille est fragilisée, c’est une évidence, mais elle est aussi plébiscitée comme une « valeur refuge » dans tous les sondages, chez les jeunes en particulier. Pour lui permettre de perdurer malgré les écueils de notre temps, il y a deux urgences parmi d’autres :
Continuer à défendre la cause des femmes et œuvrer aussi pour que l’homme, le père retrouve toute sa place dans la famille. Témoignons sereinement du bonheur de vivre dans une famille épanouissante.