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Bibliographie

"Transmettre pour construire"
analyse du livre du député Hervé Mariton

Transmettre pour construire
Hervé Mariton Pygmalion

Du livre du député de la Drôme, Hervé Mariton, nous, Médaille de la Famille française, ne retiendrons ici à dessein que les chapitres qui concernent la politique familiale et les sujets connexes comme la politique de la vie et de l’école.
D’entrée de jeu, H. Mariton pose le préambule : « Je ne connais pas le sens de l’histoire ». Cette affirmation justifie toute l’action des « insoumis » qui considèrent que « le temps ne transforme pas nécessairement une erreur en vérité ». Il n’y a pas de fatalité. La société sera ce que nous la ferons. Hic et nunc.
La famille, au cœur du développement durable
« Je craindrais un monde fait d’individus livrés à eux-mêmes dans une organisation sexuelle, tribale, de hasard et de nécessité, je préfère le choix de la famille » dit-il. Mais lorsque les intérêts commerciaux (la famille éclatée a besoin de tout en double, du logement à l’électroménager) conjugués aux choix idéologiques du « c’est mon droit » opposé au droit des autres semblent être la seule référence sociétale, faut-il se résigner à confirmer par la loi l’évolution des mœurs ?
« Je ne veux pas me soumettre. Je n’entends pas que la loi soit soumise. La loi n’a pas à obéir aux mœurs » affirme notre député.
Alors, à quoi obéit la loi ? H. Mariton n’y va pas par quatre chemins : « Chaque fois que nous engageons une réforme (fiscale, sociale, économique, écologique…), nous devrions nous poser la question : « Est-elle bonne pour la famille ? » Encore faut-il s’entendre sur la définition de la famille –et non pas « les familles » comme disait Ségolène Royale- .« Nous voulons préserver la politique familiale, écrit H. Mariton au chapitre de « la famille durable », mais nous nous refusons à définir la famille.(…) S’il s’agit de constater qu’il y a des comportements, des choix de consommation différents, pourquoi pas ! C’est une banalité qu’il est permis aux spécialistes du marketing de s’emparer. Mais le politique n’a pas prendre en compte automatiquement, par l’entremise du sociologue, des considérations relevant du marketing ». Autrement dit, ce ne sont pas les goûts et les penchants de chacun qui doivent déterminer la politique familiale.
Pour notre auteur, c’est clair, « Les couples mariés résistent mieux que les autres aux défaillances individuelles ». Quant aux enfants, il n’est pas nouveau de dire que quand « les parents décrochent, les enfants décrochent ». Mariton s’appuie sur des travaux universitaires pour affirmer qu’ « il existe un lien entre l’absence du père et l’augmentation de la délinquance des mineurs ». Au risque de se retrouver comme Zemmour devant les tribunaux, il ajoute : « On trouve beaucoup d’enfants de familles éclatées parmi les jeunes ayant des problèmes avec la justice. Je ne veux pas généraliser, mais de nombreux élus de banlieue soulignent qu’il a manqué des parents aux enfants délinquants ».
Alors, quelle politique familiale ? Citons quelques-unes des mesures préconisées :
• Familialiser la CSG et maintenir envers et contre tout le quotient familial « qui n’est pas un cadeau fait aux familles, mais une mesure de justice sociale visant à compenser la baisse des facultés contributives d’un ménage liée à la naissance d’un enfant. »
• Rappeler aux familles qu’elles ont aussi un devoir d’assistance aux personnes âgées aux côtés de l’Etat.
• « Refuser la déjudiciarisation du divorce » pour assurer, autant que faire ce peut, la protection du plus faible, notamment des enfants et éviter que le divorce ne devienne une simple répudiation.
Et d’autres encore.
On peut regretter cependant l’aveu d’H. Mariton qui reconnaît que s’il avait été député en 1999, il aurait voté pour le PACS : « Car je crois qu’il fallait améliorer la situation juridique des couples homosexuels ». Au risque de dévaloriser le mariage et d’encourager les unions homosexuelles ?

La bioéthique
En cette période de révision des lois de bioéthique, les chapitres d’H. Mariton sur ces questions de société revêtent une importance particulière.
D’une manière générale, il déplore la déresponsabilisation de notre pays sous prétexte d’alignement volontaire sur l’Europe. Par exemple le vote de l’Assemblée nationale, par le groupe UMP suivant la proposition du groupe socialiste, de la « clause de l’européenne la plus favorisée ». C’est ainsi qu’au nom du « progrès », notre législation devra s’aligner sur « les dispositions législatives et règlementaires « les plus progressistes à l’égard des femmes ». Si des « droits » sont reconnus aux femmes ailleurs en Europe, nous serons tenus de nous aligner.
H. Mariton réclame la fin de l’omerta qui empêche un débat sur l’avortement et ses conséquences, physiques et psychologiques. Il souhaite que soit développée l’information sur ses alternatives. Il lui semble particulièrement préoccupant que la moitié des jeunes filles mineures d’un lycée professionnel de sa circonscription ait avorté.
La Gestation pour autrui
La gestation pour autrui est aussi un thème au sujet duquel H. Mariton est très clair : « Notre construction juridique est fondée davantage sur le droit de l’enfant que sur le droit à l’enfant ». Et plus loin : « Une loi civilisatrice doit protéger les êtres humains contre des excès de leurs propres désirs ». Il dénonce les faux bons sentiments qui se cachent derrière ces revendications en citant Sylviane Agacinski : « La GPA, c’est faire d’une personne un moyen d’avoir un enfant à tout prix. On parle, au sujet des femmes qui acceptent de porter un enfant pour le compte d’autrui, de « générosité », « de don ». Dans l’immense majorité des cas, c’est une duperie. Il suffit de constater le développement dans le monde d’un marché de la procréation : marché des gamètes, marché des ventres… ».


Le diagnostic préimplantatoire et les embryons
Quant au dépistage préimplantatoire (DPI), notre député déplore que « l’idée (se soit) peu à peu imposée que l’enfant est un projet parental ». Les parents auraient « droit à un enfant parfait » et bientôt même « le devoir » de ne mettre au monde que des enfants parfaits. Il refuse donc « le dépistage systématique de la trisomie21 lors d’un DPI » et demande au contraire que l’on « développe les recherches sur la trisomie 21 ».
Toutes ces analyses le conduisent à se trouver en « désaccord sur quelques points » avec M. Léonetti et les conclusions du rapport de la commission parlementaire sur la bioéthique, notamment en ce qui concerne la recherche sur l’embryon, la suppression de la condition d’absence des méthodes alternative et l’élargissement de la recherche thérapeutique à la recherche médicale. Il préconise par contre d’ « encourager les recherche sur les cellules souches adultes et sur les cellules de sang de cordon ombilical ».

L’école
Autre sujet essentiel pour les familles : l’école. H. Mariton ne pense pas, comme l’école bourdivine qui dirige notre enseignement depuis des décennies, que la fonction première de l’école soit de réduire les inégalités sociales. Il pense même que l’école qui cherche à éduquer permet de réduire les inégalités tandis que l’école qui cherche d’abord à réduire les inégalités non seulement n’éduque pas mais rate aussi son objectif de réduire les inégalités.
Il est aussi opposé à une vision utilitariste d’une école dont le but premier serait de « favoriser l’insertion professionnelle ». Il déplore ainsi la modification des programmes en fonction de considérations mercantiles qui conduit les parents à considérer le diplôme comme un « dû ». A vouloir cultiver l’actualité et faire la part belle aux programmes « utiles », on abandonne les fondements de notre culture et donc de notre identité. « A ce compte là, dit Mariton, fermons nos écoles, allumons la télé et le problème sera réglé ». Or, il considère très lucidement que « la culture générale est d’autant plus importante que le monde change vite et qu’elle permet à chacun d’analyser rapidement une situation, donc de ne pas subir ces changements mais, au contraire, de s’y adapter, de les maîtriser ou même de les provoquer ».
Il n’hésite pas à remettre en cause le collège unique : « Les mêmes qui refusent l’uniforme à l’école plaident pour l’uniformité de l’école, comme s’ils ne voulaient voir qu’une tête ».
Certaines des réflexions d’Hervé Mariton peuvent peut-être, en revanche, susciter la discussion : ainsi ne veut-il pas remettre en cause la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans. Pourtant, combien ont sombré dans la délinquance, de ces jeunes que l’on a obligé à rester vissés sur leur chaise d’école alors qu’ils avaient de réelles aptitudes pour tout autre chose? Cet acharnement pédagogique a fait le malheur des collèges professionnels qui sont devenus pour beaucoup les dépotoirs où l’on « oriente » ceux dont on ne sait que faire, dévalorisant ainsi le travail manuel. Il y aurait pourtant un véritable avenir dans ces filières, et pour l’épanouissement des dons de chacun, et pour l’équilibre de la société qui a autant besoin de maçons, d’électriciens et de plombiers que de Bac+2 ou Bac+5. Notre député l’entend d’ailleurs bien ainsi puisqu’il regrette en revanche « qu’on ait supprimé l’apprentissage junior mis en place par Villepin et Gilles de Robien, qui permettait d’accéder à l’apprentissage dès l’âge de 14 ans, dans le cadre de l’Education nationale ». Il est vrai que cette décision était un premier pas important dans la bonne direction.
Autre point discutable, Hervé Mariton, sous prétexte de ne pas « livrer l’école au marché » n’est « pas partisan du chèque scolaire ». Préfère-t-il alors la voir livrée à un Etat, totalitaire dans ce domaine, puisque nul n’est encore arrivé, malgré toutes les mises en garde et tentatives, à enrayer le processus inexorable et parfaitement contrôlé de faillite de l’école. Une libre concurrence entre les écoles, et donc entre les méthodes pédagogiques, permettrait enfin de sortir du carcan de l’éducation nationale.
La concurrence n’est même pas l’élément essentiel du chèque scolaire : son principal intérêt résiderait dans la possibilité d’une diversité des parcours proposés –étant sauves certaines conditions de base assurées à tous- qui permettrait à chaque enfant de trouver sa place et de progresser au lieu d’être enfermé dans un moule unique qui génère beaucoup d’exclus.
ΩΩΩΩ
Finalement, c’est au chapitre de l’école qu’Hervé Mariton nous laisserait un peu sur notre faim. Les 15 propositions qu’il fait ne sont pas sans intérêt mais ne changeront pas grand-chose au fond, faute de s’attaquer vraiment aux fondements du pédagogisme et au totalitarisme de l’Education nationale. Les chapitres sur la vie, la bioéthique et la famille nous semblent plus courageux, et Dieu sait qu’il faut du courage aux députés pour défendre des convictions…quand ils en ont. Ce qui est le cas de M. Mariton.

Claire de Gatellier

"Quand la science transformera l'humain"
Un livre de Jean Leonetti: "Quand la science transformera l'humain. 20 scénarios pour l'humain." Plon, 166p., 18€

" Avis de tempête sur la famille"
Charles Flavigny, Edition Albin Michel
" Des conflits qui construisent "
Marie-Paule Mordedfroid
"Cessez d'être gentil, soyez vrai!"